colombie
Un programme social bien utile pour Alvaro Uribe
ParAmericagora le 21 novembre 2009
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La campagne présidentielle approche. Uribe pourrait se représenter. Mais qu’en est-il de sa politique sociale et notamment du controversé programme Familias en Acción ?

Familias en Acción s’est créé sous la présidence d’Andrés Pastrana (1998-2002) mais a pris son essor au début du premier mandat du président Uribe dans le cadre nouveau de La Agencia presidencial para la acción social y la cooperación internacional.

Cette agence gère plus de vingt programmes sociaux mais Familias en acción est le plus populaire, il est présenté comme un franc succès. L’objectif initial, défini avant l’arrivée du président Uribe, n’a pas changé : il s’agit de fournir une aide financière aux mères de famille ayant des enfants mineurs. Les bénéficiaires sont les familles aux revenus modestes, les familles indigènes et les familles déplacées victimes du conflit.

L’objectif principal est de faciliter la scolarisation des enfants à travers une aide dont le montant augmente avec l’âge des enfants. Elle varie de 30 000 pesos mensuels (10 euros) pour un enfant à l’école primaire à 470 000 pesos annuels (156 euros) pour un jeune étudiant à l’université. Une aide à la nutrition de 17 euros mensuels est également versée pour chaque enfant de moins de sept ans.

banderaLe montant des aides est peu élevé dans l’absolu, mais comme elles se destinent aux gens les plus modestes, elles sont souvent indispensables. Elles sont versées aux familles classées “sisben 1″, c’est à dire les plus pauvres avant les indigents : pour une famille avec 2 enfants, moins de 10 euros de revenus journaliers.

La particularité de ce programme est d’imposer des contreparties à travers la vérification d’un certain nombre d’obligations. Les enfants doivent assister à au moins 80% des heures de classe et se rendre à tous les contrôles médicaux obligatoires programmés par le régime de santé auquel leur famille est affiliée. Les familles s’engagent par ailleurs à assister aux réunions de formation et aux journées d’information organisées par leur mairie.

Cette politique de contrôle des familles bénéficiaires a été imposée par les bailleurs de fonds internationaux du programme : à sa création, la presque totalité des crédits provenaient de la Banque Mondiale et de la Banque Interaméricaine de Développement. Aujourd’hui le financement provient pour moitié de l’Etat colombien et pour moitié de soutiens internationaux.

Raisons d’un succès

La principale explication du succès populaire de Familias en Acción est l’augmentation du nombre de familles couvertes : elles sont passées de 250 000 à la prise de pouvoir d’Alvaro Uribe à presque 2.5 millions début 2009. Cela s’est accompagné d’une extension de la couverture géographique, l’objectif étant de couvrir tout le pays à la fin 2010.

Un succès moins visible mais tout aussi important est l’augmentation de l’assistance scolaire qui est passée de 77 à 89,2% en zone rurale, ce chiffre atteignant 93.6% en zone urbaine  (succès également du aux politiques locales). Il ne s’agit cependant  pas d’une augmentation de la couverture scolaire, mais d’une meilleure présence à l’école d’enfants déjà scolarisés.

Autre aspect à mettre au crédit de ce programme : l’utilisation d’expériences similaires dans d’autres pays latino-américains (Brésil, Mexique, Chili) pour développer rapidement un modèle spécifique à la Colombie. Comme dans les pays précédemment cités, le travail s’est concentré sur les familles pauvres et sur les thèmes de l’éducation et de la santé. Au départ leur financement avait également été impulsé par des organismes internationaux avant que l’Etat n’en prenne une part importante. Les méthodes d’évaluation et de surveillance des familles bénéficiaires s’inspirent directement de ce qui a été fait au Brésil.

Une agence détournée à des fins électoralistes

Plus que la nature du programme en lui même, c’est l’intense communication l’accompagnant qui suscite la gêne de nombreux observateurs. Par exemple, les longues files d’attentes qu’il crée chaque début de mois devant les banques chargées de distribuer l’aide sont savamment entretenues, elles ont fortement contribué à la visibilité de la politique présidentielle.

L’ancien président Andrés Pastrana soutient dans El País (30 juin 2009) que les fonds du programme sont manipulés directement par la présidence alors qu’il vaudrait mieux les confier à une administration indépendante, ce qui assurerait de plus sa pérennité pour les prochaines années: « Le président a 2,5 millions de dollars de subventions, gérés directement depuis son bureau et il dit qu’il veut les augmenter. Cela requiert une vigilance particulière (…), ou tout au moins de trouver un moyen immédiat pour contrôler l’utilisation de l’argent public, l’accès aux moyens, et l’assignation des ressources dans les mains du président aspirant à la réélection ».

La sénatrice libérale Cecila Lopez Montano, pré-candidate pour l’élection de 2010, est plus sévère : « Familles en Action est de la pure politique, les pauvres ont besoin d’emplois, pas de pourboires. Cela devait être un programme de transition, ciblé et dépolitisé. Uribe est en train de faire le contraire : un programme massif et politisé ».

Ces critiques se combinent en fait avec la contestation qui s’élève contre un éventuel troisième mandat du président Uribe. Familias en Acción est perçu comme l’un des outils de campagne du président afin d’asseoir sa popularité, et non comme une administration à part entière. Les très récentes évolutions du programme, en période pré électorale, confirment ces points de vue : extension de l’aide pour les étudiants du supérieur, communication massive sur la  volonté de passer à 3 millions de familles couvertes avant 2010, innovation avec le versement par distributeurs automatiques qui était réclamé depuis longtemps (et qui éviterait les files d’attentes), etc.

Le directeur de l’agence présidentielle d’Acción Social, Fernando Sanchez Prada, se défend en disant que si toute politique peut être susceptible de manipulation, les seules plaintes à propos de Familias en Acción ont été présentées contre quelques maires, au niveau local, pour tentative de corruption. Il souligne de plus la pérennité du programme : « Ce programme a traversé deux gouvernements, trois administrations, et est en train de devenir une politique publique de l’Etat».

Il ajoute de plus que le statut d’agence présidentielle permet une plus grande réactivité, en évitant les lourdeurs bureaucratiques inhérentes à toute administration. En effet le programme est de taille modeste en comparaison des fonds gérés et les objectifs assignés : 2000 personnes travaillent pour Acción Social parmi lesquelles 280 se consacrent à Familias en Acción (200 à Bogota et 80 en province, mais ce chiffre est en rapide augmentation).

C’est justement ce statut d‘agence présidentielle qui suscite des critiques. S’il permet une plus grande réactivité et efficacité, il demeure précaire. Quid de cette organisation en cas de changement de président ? Certains observateurs n’hésitent pas à affirmer que si le président n’a pas officialisé par une loi le statut de cette agence, c’est pour mieux pouvoir jouer sur la menace de sa disparition en cas de non réélection.

Xavier CAILLARD

Photo: Flickr Chilangoco.

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