Sin nombre est le film qui manquait à la frontière sud du Mexique pour sortir de l’oubli. Si les productions cinématographiques et littéraires s’entassent sur les aventures, les tragédies et le mélange culturel chicano qui font la renommée de la frontière entre les États Unis et le Mexique, la situation de la frontière mexicano-guatémaltèque est bien moins connue.
Un mois après la sortie de ce film retraçant l’histoire de deux jeunes traversant le Mexique afin de gagner les Etats-Unis, un rapport faisait état de la situation des droits des migrants dans la région, alarmante depuis plus de dix ans2.
L’histoire. C’est dans ce contexte qu’est sorti au Mexique le film Sin Nombre, dirigé par l’américain Cary Fukunaga. Le film se construit autour de l’histoire de Sayra, une jeune hondurienne de Tegucigalpa, qui tente de gagner les Etats-Unis en compagnie de son père et de son oncle. Une fois traversé le Guatemala, elle s’embarque à bord du fameux train de marchandises qui relie Tapachula – à la frontière sud du Mexique – à la capitale mexicaine, afin de poursuivre ensuite vers la frontière nord. Une route semée d’embuche pour la jeune adolescente où les attaques des bandes armées sont monnaies courantes, et organisées dans l’indifférence voire avec la complicité des autorités. Sayra rencontrera sur sa route, Casper, jeune comme elle, mais appartenant à la Mara Salvatrucha, le célèbre gang centraméricain. Casper fréquente comme d’autres “mareros” -ainsi sont nommes les membres de la “Mara” – la “Bombilla”, gare de marchandises de Tapachula où se concentrent les migrants venus de toute l’Amérique centrale afin de s’embarquer vers “le Nord”. Accompagné de ses amis, il y profite de la situation de vulnérabilité des migrants pour procéder à des extorsions et des kidnappings violents. Mais suite à la séparation brutale de sa petite amie que lui inflige “la Mara”, Casper décide de rompre avec les codes, les rites cruels et le quotidien marginal de ce gang. Une transgression que ses anciens compagnons sont déterminés à lui faire payer de son sang. Il décide alors lui aussi de partir et croise le chemin de Sayra.
Cette histoire – récompensée du prix du meilleur film dramatique et du meilleur directeur au festival Sundance 2009 – est sûrement semblable à des milliers d’autres comme en témoignent les histoires – réelles – des migrants qui cherchent un avenir meilleur aux Etats-Unis. Mais malheureusement le scénario est d’une platitude désolante. Les scènes montrant les corps tatoués des maras ou l’attente angoissée des migrants sur le train de marchandise n’y feront rien. D’autant qu’une musique d’ambiance quasi permanente durant les 1h30 de film alourdissent une trame dépourvue de surprise. Le fait que le train se mette à cracher de la fumée verte à son arrivée à Tapachula, l’absence totale de mise en contexte et le manque de plans sur les paysages et l’environnement urbain donnent aussi l’impression que l’histoire émane davantage de studios hollywoodiens que de la réalité du sud mexicain. On regrette l’ensemble de ces éléments alors que ce film venait troubler le silence éloquent de la création cinématographique sur le sujet.
Incohérences. Les personnages apparaissent dans ce cadre comme des prétextes à raconter des destins qui par leur tragédie peuvent être très proches de la réalité. Cependant, cette focalisation tragique alimente une image du migrant comme celle d’une victime livrée à toutes les agressions tandis que les parcours migratoires de la région ont une réalité beaucoup plus complexe. Autre point décevant, le contexte apparaît dépassé puisque la voie ferrée (où se déroule une partie du film) qui relie Tapachula à la capitale mexicaine a été partiellement détruite. En effet, en 2005, l’ouragan “Stan” a détruit les ponts de chemin de fer notamment dans la région du sud du Chiapas. Le trafic ferroviaire part donc aujourd’hui de la ville d’Arriaga, à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière guatémaltèque. Ce nouveau trajet a multiplié les routes migratoires dans le sud du Chiapas plutôt désormais dirigées vers des routes isolées et la traverse de barrages et de cours d’eau, situation qui contraste avec la description faite dans le film.
Dans ce cas, pourquoi avoir choisi le film et pas le documentaire ? A-t-on envie de demander au réalisateur, visiblement fin connaisseur du sujet puisque déjà auteur d’un court métrage sur le même thème en 2004.
Sortie en France le 21 octobre 2009.
Benoît Forcemaître et Raphaël Moran
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