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Mi vida con Carlos, carnet de bord d’un voyage contre l’oubli
ParAmericagora le 15 juin 2010
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« J’avais un an quand ils t’ont tué. Et toi tu en avais 30». Mi vida con Carlos, c’est le périple d’un fils à la recherche de la vérité sur la mort de son père, assassiné sous la dictature chilienne. Un documentaire sur la mémoire mémoire dans un pays qui ne veut pas se souvenir. Germán Berger Hertz propose un saisissant journal intime familial.

Absence-présence. « Je ne pouvais pas me souvenir de toi, puisque personne ne m’a jamais parlé de toi ». Carlos Berger, militant PC et directeur de Radio El Loa à Chuquicamata,  est arrêté en septembre 1973, juste après le coup d’Etat chilien, pour n’avoir pas cessé la diffusion comme l’ordonnaient les militaires. Jeté en prison à Calama, il est exécuté peu de temps après par la Caravane de la mort. Son fils Germán a un an, et pour sa famille commence alors un long  silence autour de la disparition.

Le documentaire observe de manière intime et délicate les différents chemins empruntés: celui de la mère, Carmen Hertz, qui se lance dans un combat acharné pour les droits de l’Homme. Celui des oncles, Ricardo qui se résigne douloureusement à abandonner le socialisme  pour protéger les siens, et Eduardo qui décide de se faire une nouvelle vie au Canada.

Et celui des grands-parents, lentement consumés par la peine. On suit leurs routes, dans les rues de Santiago ou dans la désolation des immenses étendues frissonnantes du désert d’Atacama, mais aussi dans un parc d’Ottawa,  un champ des Pyrénées ou une rue de Barcelone.

carlosMémoire. En reconstituant le puzzle, le réalisateur force tout le monde – sa famille, ses spectateurs et lui-même –  à se confronter au passé. Le miracle du documentaire agit, faisant ressortir des souvenirs, récits et anecdotes étouffés pendant des décennies. Mi vida con Carlos aurait pu s’appeler Mi vida con Chile, tant est bien réussie l’articulation entre l’histoire bouleversante d’une famille et l’histoire d’un pays.

Pour l’instant, Mi vida con Carlos n’est pas sorti dans les salles de cinéma – ni au Chili d’ailleurs -  faute de distributeur intéressé (même si la date d’octobre 2010 est envisagée…). Mais Germán Berger Hertz (voir l’interview qu’il a accordée à Americagora ici) a arpenté les festivals et a reçu de nombreux prix, dont le Prix Union Latine du Festival Biarritz Amérique Latine 2009 et le prix du meilleur documentaire au San Diego Latino Film Festival 2010.

Pudeur. En plus d’un témoignage universel sur la mémoire, cette histoire est profondément personnelle. C’est un processus d’introspection et de recherche, difficile mais salvateur. Germán Berger Hertz nous y fait une place, avec un recul étonnant mais sans fausse distance avec les personnages. Une direction photographique impeccable donne une image soignée, poétique, comme un pied de nez à la douleur… Contraste saisissant avec les terribles images d’archives de manifestations écrasées dans les rues de Santiago.

Plus que les prouesses esthétiques, on peut applaudir une œuvre nécessaire, montrant la possibilité de cicatriser malgré tout. Après ce voyage vers le passé, la famille rompt son mutisme envers la figure du disparu, ose rire du personnage comme quand il était vivant, récupère tout simplement la joie de l’avoir connu, sans baisser les yeux.

>A lire: l’interview de Germán Berger-Hertz.

Bande annonce du film:

My Life With Carlos TRAILER from German Berger on Vimeo.

Photo: Extrait bande annonce.

Lucie de la Héronnière.

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