Martha Galarraga: chanteuse en voie d’expulsion
ParEmilie Barraza le 1 juillet 2009
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Cette chanteuse cubaine de renom vit et travaille en France depuis 7 ans. En toute légalité. Le 26 mai dernier, la préfecture lui annonce qu’elle n’a plus le droit de vivre en France et lui retire son visa.

La vie est chienne. Martha Galarraga en sait quelque chose, elle qui cumule, depuis peu, son statut d’intermittente du spectacle avec celui d’étrangère en situation irrégulière. Pour cette artiste cubaine qui chantait il y a quelques années au Carnegie Hall de New York, la pilule est difficile à avaler. Ne lui parlez pas de salsa, son style à elle, c’est le mélange improbable. Elle brasse le jazz, la bossa et le chant Yoruba des anciens esclaves cubains aussi bien qu’elle marie, dans sa tenue, les coquetteries bling-bling à la décontraction d’un foulard dans les cheveux. Aujourd’hui, de sa belle voix rauque, elle raconte la galère qu’elle vit depuis 2007. Deux années d’incertitude – et d’aller-retour innombrables entre la Préfecture et les salles de concerts, qui se sont soldées, le 26 mai dernier, par un rendez-vous à la Préfecture de Paris. Au bureau n°6, on lui retire sa carte de séjour « profession artistique et culturelle».gallaraga-ok

Tournées mondiales. En attendant la procédure d’expulsion, elle n’a plus le droit de quitter le territoire français. A presque 40 ans, Martha garde le sourire franc et chaleureux, mais depuis quelques mois, elle se sent « un peu fatiguée de se battre». La carrière de Martha Galarraga commence pourtant sous une belle étoile, sous la houlette de son père, Lázaro Galarraga, un artiste complet, grand percussionniste et chanteur hors-pair. A la fin des années 1980, elle devient la soliste de l’Ensemble Folklorique National de Cuba, avec lequel elle fait découvrir au monde la culture Yoruba, importée d’Afrique et perpétuée par les anciens esclaves des Caraïbes.

Dans les années 1990, elle intègre la formation du pianiste jazz cubain Omar Sosa. Yoruba bis repetitas. A ses côtés, elle chante, les Orishas, ces divinités de l’ouest de l’Afrique dont la croyance et les rites perdurent à Cuba. Le cocktail est explosif, la formation Sosa jouit d’un immense prestige et fait le tour du monde. En 1998, elle fait cap sur l’Allemagne, pour la quitter quatre ans plus tard, en 2002. « Je me demande pourquoi d’ailleurs, moi qui disposais là-bas d’un permis de séjour permanent ». Pour celle qui a passé la moitié de sa vie à chanter d’un bout à l’autre de la planète, la bougeotte reprend le dessus, et en 2002, Martha traverse le Rhin et pose ses valises à Paris.

Contrats bidons. Une fois par an, elle se présente à la Préfecture pour le renouvellement de sa carte de séjour mention « profession artistique et culturel ». Pas de problème durant quatre ans, le renouvellement est une formalité. « Mais en 2006, Omar Sosa se décide à poursuivre la route en solitaire. Il met donc fin aux contrats qui nous unissaient à lui ». Entre République et Oberkampf, où elle vit, les galères administratives commencent. En 2007, elle signe, avec une obscure association, trois contrats de travail qui lui assurent un minimum de deux cachets par mois, facturés 120 euros chacun. Soit une rémunération mensuelle de 240 euros. Le hic, c’est que les contrats comportent tous une clause d’exclusivité, qui interdit à la chanteuse de travailler sur d’autres projets.

Martha Galarraga s’est fait avoir, mais c’est la Direction départementale du Travail et de l’Emploi (DDTE) qui l’informe de la supercherie, par lettre, après avoir été alertée par la Préfecture. Et celle-ci bloque le renouvellement de sa carte de séjour. « Il m’était impossible de renouveler mon visa, puisque ce que j’avais signé ne correspondait en rien à un contrat de travail. Avec cette histoire, mon dossier était bloqué et j’avais la Préfecture aux trousses ». Elle rompt deux de ses pseudo-contrats et travaille sur d’autres projets.

Concert au black. Orchestres de musique classique, groupes de jazz, formations mêlant tout ce que la terre peut contenir de création musicale, Martha est partout, poursuivant sa passion de toujours : gommer les frontières musicales. On l’appelle même de Londres, pour donner des cours de chant ou pour participer à des ensembles musicaux. « J’ai malheureusement dû annuler tous mes déplacements à Londres depuis la fin mai, puisque je suis bloquée en France ». Qu’importe, Martha chante dans les bars, dans les salles de concerts de la France entière. Là où on l’appelle, de Nantes à Marseille. Et au noir, bien sûr. « Un bar ou une petite salle de concert ne déclare pas ses musiciens. La première fois que j’ai vu mon avocate, j’ai eu un énorme sentiment de culpabilité. Elle me demandait de refuser le travail au black. Mais en tant que chanteuse, c’est impossible !». Martha éprouve constamment le besoin de prouver sa bonne conduite. « Je parle très bien le français, je suis intégrée, et je suis organisée » lance-t-elle en déballant ses papiers administratifs, rassemblés méthodiquement année par année dans des pochettes plastifiées. « J’ai tout gardé, tout ordonné. Contrats de travail, décisions de la préfecture, et fiches d’imposition, car je paye mes impôts, en toute légalité».

Elle a le sentiment d’avoir passé ces derniers mois à attendre. La décision du tribunal administratif, la lettre d’avis d’expulsion, « qui ne devrait pas tarder », les fruits des procédures judiciaires intentées par son avocate. Une pétition pour sa régularisation circule sur internet. 1300 signatures au compteur, et un concert au Jamel Comedy Club en juillet,  pour lui redonner l’envie de croire. Croit-elle à une issue positive ? Elle n’en sait rien, mais commence à penser qu’il serait peut-être temps d’aller chercher ailleurs, puisqu’on ne veut pas d’elle en France. Elle évoque sa mère et son fils, âgé de 22 ans, restés à La Havane. Mais le retour à Cuba est impossible : elle a désormais le statut d’« émigrante » pour les autorités cubaines et ne peut donc rester plus d’un mois à Cuba. « Une autre idée serait d’abandonner ma carrière de chanteuse pour faire des ménages ou des gardes d’enfant à Paris ». On n’ y croit pas une seconde. Elle pense aussi à Chango, son Orisha. « Dans la religion Lukumi, Chango est le dieu de la guerre et du feu. Il passe sa vie à livrer guerres et batailles, comme moi », lance-elle, dans un éclat de rire. Toujours malicieux, toujours le même.

Emilie Barraza

Rectificatif : début mai, la Préfecture de Paris a délivré à Martha Galarraga un titre de séjour “professions artistiques et culturelles” pour une durée de 10 mois.

A cette occasion, un concert est organisé au Studio de l’Ermitage, à Paris, le vendredi 28 mai.

8, rue de l’Ermitage – Paris XXe – M° Jourdain

01 44 62 02 86 – Tarif 10€

Voir le profil MySpace de Martha Galarraga

La pétition de soutien à Martha Galarraga en ligne

Réagir
le 1 juillet 2009

How long we will have to listen about things like that!a real artist is treated like a criminal when the big criminals are around making every kind of sh... in front of the autorithy! Culture must have no borders!!!!! Marta mi amor,tus negros estamos siempre contigo,fuerza y fe que todo se resolvera en el mejor de los modos! un beso grande Amik Guerra

le 1 juillet 2009

estamos en tiempos en los que te confirmo que es la union y el apoyo que te brindo que puedo darte en este instante mi incondicional sosten recibes todas mis considearaciones y respeto por esta pasaje dificil todo mi corazon para los artistas cubanos y sobre todo para las mujeres de mi pais. no te preocupes que todo se resolvera y tendras nuevamente la posibilidad de hacer tu vida normalmente un fuerte abrazo y toda mi fe en tu nuevo combate. ADELANTE CUBANA QUE ESTA BATALLA TAMBIEN HAZ DE GANAR ; CUBANO TAMBIEN ANDY REY

le 2 juillet 2009

Francia no es agradecida más, más una tierra de acogida, zozobra en el antihumanismo y en la anticultura... es para esto que la dejé, lo sé! ¡ No merece los pueblos de América latina! ¡ Peléate pero para ti no para ella! ¡ Viva Cuba, viva Venezuela, viva a America Latina!

le 2 juillet 2009

Bonsoir Emilie, Peut être que vous pourriez proposer votre article à bétapolitique ? http://www.betapolitique.fr/-betablog-.html Le cas de Martha est un exemple particulièrement cruel de la capacité d'aveuglement de la république. Luis

Ricardo dit :
le 3 juillet 2009

A donde vamos ? Este es un ejemplo de la injusticia y de la estupidez de ése tipo de politica migratoria. Et après on prétend attirer des "talents" nécessaires au pays... Opposons-nous à des pratiques indignes d'un pays démocratique. Bravo à l'équipe de rédaction pour la dénonciation de tels actes.

le 15 octobre 2009

J'ai signé la pétition pour la régularisation de cette grande artiste. Je n'arrive pas à comprendre quel intérêt il y a à expulser des gens (en général) qui apportent autant de richesse au pays qui les accueille. Triste France.

le 15 octobre 2009

Je trouve ça inadmissible. Je connais Martha, elle ne fait rien de mal....Au contraire, elle apporte du bonheur aux gens avec sa superbe voix!!!! Elle travaille sainement. Quand je vois des personnes en situations irrégulières et qui travaillent au noir...! Alors que Martha, est une artiste confirmée et reconnue...cela me rend furieuse que l'on juge injustement des personnes qui ne font rien de mal et qui ne demandent qu'à travailler. Déjà, qu'elle est étrangère,ça n'est pas facile pour elle. Elle s'est battue, et elle à vécu depuis longtemps sur le territoire français en toute légalité et en luttant comme tout le monde! C'est vraiment inadmissible! Laetitia, amie de Monchi (Vénézuela).

le 16 octobre 2009

Bravo pour cet article ! il faut aider et soutenir Martha, et démontrer l'absurdité et la perte que représenterait son expulsion. Pour une artiste de son envergure, elle mériterait d'être aidée et soutenue par le ministère et les collectivités. J'ai travaillé à ses côtés pendant quatre ans et je ne mesure pas encore tout ce que j'ai pu apprendre et découvrir, de la musique traditionnelle afro-cubaine, et du chant et de la musique en général. Martica, el publico te reclama en Marsella !

le 17 octobre 2009

absolument scandaleux!

le 17 octobre 2009

Martica, Ne te décourage pas, ne baisse pas les bras, il y aura une porte de sortie de cette situation absurde, j'en suis sûre! "Kastanka"

le 17 octobre 2009

Je ne pensais pas que c'était si grave ! On expulse même les artistes reconnus dans notre douce France sarkozienne ! Il est temps que nous effacions de nos frontons ces trois principes de notre république "liberté, égalité, fraternité' qui leurrent de plus en plus de nos frères humains ! Suis consternée

le 18 octobre 2009

La gangrène fachiste, nous sommes en plein dedans.

le 22 octobre 2009

Marta querida tiempo sin verte, pero sabiendo ( y apoyando) esta injusticia¡. mucha fuerza¡ aquí estamos. L'art de l'homme n'a pas de frontières et tu est une brave travailleuse et avec ton art tu rends les gens heureux, chose bien necessaire dans ce triste et vieux( rouillé) continent. Un abrazo

le 24 octobre 2009

C'est du domaine de la discrimination raciale ou quoi ? Ou va notre belle France de jadis, pays des Droits de l'Homme (et de la femme ?) C'est un peu ahurissant tous ces imbroglios administratifs qui n'en finissent plus de nous accabler de toutes sortes de papelards à remplir pour rester "HUMAINS" dans un pays de liberté où on pouvait dire ce que l'on pense sans se faire embarquer pour lèse-majesté. Les pays en général se sont avilis au passage de la sacro-sainte "crise" financière qu'ils ont eux-mêmes orchestrée depuis des années..."c'est pour mieux vous asservir" dit le loup à Chaperon Rouge...! pour mieux vous contrôler...Orwell avait raison dans son livre 1984 mais il s'était trompé de date...2004...la sacro-sainte main-mise de l'état dans le monde du spectacle..."POETE,VOS PAPIERS !" comme chantait Léo Ferré...

le 24 octobre 2009

connerie libérale quand tu nous tiens !!

le 27 octobre 2009

Bonjour Je suis doublement touché en tant que français et cubain, et je vais mettre en oeuvre tout ce qu'il m'est possible pour que Martha puisse rester ici, en France. Bien solidairement François-Michel LAMBERT

daoud dit :
le 10 juin 2010

je viens de découvrir cette chanteuse et sa situation,je suis outrer,c'est vraiment la politique du chiffre donc maintenant on vas en prendre aux artistes et après....je ne connais pas son parcourt mais si elle est partie pour fuir le régime de Castro,bienvenue en France avec le nouveau régime des droits de l'homme,on régresse!courage a toi Martha et compte sur les bons citoyens de ce pays pour te soutenir. inchala