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Lithium bolivien: ne pas reproduire les erreurs du passé
ParAmericagora le 3 novembre 2009
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Le 9 septembre dernier le groupe français Bolloré a présenté au gouvernement bolivien un projet de partenariat industriel en vue d’exploiter le lithium de la région d’Uyuni, la plus grande réserve connue aujourd’hui.

40% des réserves mondiales

L’extraction puis la transformation du lithium représentent un véritable enjeu pour les pays développés, ce métal étant présent dans presque toutes les batteries des produits de consommation nomade (sous le fameux sigle « li-ion »). Les accus des téléphones ou des ordinateurs portables n’en contiennent cependant que des quantités modestes : le vrai défi est lié à l’industrie automobile et au rapide développement des voitures électriques. Plus performant que le nikel (qui équipe les batteries de la Toyota Prius), le lithium est qualifié de nouvel « or gris » et l’exploitation à l’échelle de la planète n’en est qu’à ses prémisses.

A ce jour les principaux gisements sont situés à la tri frontière entre l’Argentine, le Chili et la Bolivie. Le Chili, premier producteur mondial grâce aux réserves du plateau de l’Atacama, a été précurseur dans la commercialisation du précieux métal. Une étude du ministère des mines bolivien pourrait bien faire changer la donne, elle estime que près de 40% des réserves terrestres de lithium seraient situées sous le gigantesque désert de sel d’Uyuni (12 000 km², soit la superficie de l’Ile de France).

Enjeu de pouvoir

Cette source de développement économique n’a pas échappé au président Evo Morales, qui dès son arrivée au pouvoir en janvier 2006, avait fait modifier la constitution pour que toutes les réserves de matières premières découvertes dans le pays appartiennent à l’Etat.

Le quotidien Libération reprend les paroles du président qui affirme que «Nous avons besoin de partenaires, pas de propriétaires du lithium. Il est hors de question que l’Etat perde le contrôle et la possession du métal.»

La Bolivie a en effet toujours souffert de l’exploitation de ses ressources naturelles sans que cela ne serve à son développement. Principal fournisseur d’or et d’argent du temps de la colonisation espagnole, le pays veut aujourd’hui développer des partenariats industriels à son avantage et sortir du modèle de la mono-activité qui a nuit à de nombreux pays en voie de développement.

Le groupe français Bolloré apparait bien placé dans la course à l’exploitation de ce gisement. Son projet a retenu l’attention du gouvernement car il comprend deux années « préliminaires » durant lesquelles les scientifiques français devraient aider le ministère des mines bolivien à extraire et analyser le lithium. Une première usine d’extraction est en construction (à capitaux 100% boliviens) et c’est à travers cette unité que le groupe Bolloré devrait fournir son aide technique. A terme la multinationale semble accepter l’idée que des usines de fabrication de batteries soient situées sur le territoire bolivien.

Néanmoins certaines clauses de ces contrats d’association restent à éclaircir. Comme les entreprises concurrentes (japonaises, cornéenne et brésilienne), le groupe français, s’il emporte le premier marché, souhaiterait conserver l’exclusivité de cette exploitation pour protéger ses approvisionnements des fluctuations du marché. En cinq ans le cours du métal est passé de 260 à 2 300 euros la tonne comme le rappelle le quotidien bolivien La Prensa.

Inquiétudes écologiques

L’exploitation économique de cette nouvelle ressource amène d’autres préoccupations. Réduire les émissions de gaz polluants en Europe (le projet de « Blue Car » de Bolloré est 100% électrique) ne doit pas se faire au détriment de l’environnement d’autres territoires. En plus de la santé des ouvriers, à l’espérance de vie très réduite dans les mines boliviennes, l’extraction du lithium impose une utilisation importante de mercure qui contamine les eaux et les sols des terres environnantes.

Par ailleurs, le salar d’Uyuni est considéré comme l’un des sites naturels les plus spectaculaires d’Amérique Latine et l’exploitation de son sous-sol abimerait inévitablement la couche de sel. Le tourisme et le commerce du sel constituent actuellement les seules (modestes) sources de revenus de cette région isolée au climat hostile.

Découvrez le Salar d’Uyuni en photos avec notre diaporama.

Xavier CAILLARD