Dimanche 20 février, l’Assemblée Législative qui dirige les îles Malouines a annoncé que des prospections pétrolières à 150 Km au Nord des côtes de l’archipel avaient été entamées par la compagnie britannique Desire Petroleum…
Le bras de fer diplomatique qui dure depuis une dizaine de jours entre Cristina Kirchner et le gouvernement de Londres semble donc pour l’instant sans issue, ranimant le souvenir de la guerre de 1982 entre les deux pays.
Sous occupation britannique depuis 1833, les îles Malouines (3000 habitants) ont toujours été une source de conflits. La brève guerre de 1982 avait été provoquée par une junte militaire argentine alors à bout de souffle, qui avait envahit les îles avec l’espoir de relancer un sentiment patriotique unificateur. La facile victoire britannique permit un retour à la démocratie en Argentine sans pour autant régler la question de la souveraineté de ces territoires au climat hostile.
Le spectre d’une nouvelle guerre a cependant rapidement été écarté par les deux parties. Les Britanniques insistant sur le fait que les troupes présentes sur place l’ont toujours été dans le but d’assurer la sécurité des habitants, et les Argentins lançant une offensive diplomatique tout azimut à l’ONU et auprès de l’ensemble des Etats latino-américains afin de condamner le Royaume-Uni. Le président vénézuélien Hugo Chavez a lui annoncé, s’adressant à « madame la Reine » que l’Argentine ne serait plus seule en cas de « nouvelle agression ».
Enjeux pétroliers
Comme le souligne le quotidien La Nación, la présence de pétrole au large des îles est connue depuis longtemps mais l’augmentation des cours du brut de ces six dernières années aura été nécessaire pour rendre son exploitation rentable. Les réserves estimées sont très variables : la presse argentine avance des chiffres qui doubleraient les réserves actuelles connues du pays, d’autres sources donnent des estimations bien moindres. Le communiqué de l’Assemblée Législative des îles Malouines précise cependant que quatre compagnies britanniques d’exploration vont tenter de déterminer la quantité réelle de pétrole exploitable, prouvant l’important enjeu économique.
En plus de la traditionnelle revendication de souveraineté territoriale, la propriété des potentielles découvertes est bien sur l’issue majeure des tensions actuelles. Le gouvernement argentin a demandé aux compagnies britanniques de lui faire connaitre la teneur exacte de leurs futures découvertes.
La communauté internationale face à ses contradictions
Le ministre argentin des affaires étrangères doit rencontrer cette fin février le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon. Il rappelle que plusieurs résolutions de l’Assemblée Générale de l’ONU ont invité la Grande Bretagne à discuter le sujet des îles Malouines avec l’Argentine, ce qu’elle a jusqu’ici toujours refusé.
Fort de son siège au Conseil de Sécurité, le Royaume-Uni bénéficie d’un droit de véto lui permettant d’empêcher toute tentative réelle d’intervention de la communauté internationale sur le sujet. Les résolutions de l’Assemblée Générale sont donc purement déclamatoires, et l’ont peut supposer l’embarras des autres grandes puissances face au thème récurrent de la souveraineté sur l’occupation des « poussières d’empires ».
L’Argentine a fait savoir qu’elle porterait le conflit devant la Cour Internationale de Justice, autre organe de l’ONU, si le Royaume-Uni continuait à refuser de négocier ce sujet. Elle revendique également la propriété des îles de Géorgie du Sud et Sandwich, inhabitées.
Xavier Caillard.
Photo: Magic Wolrd, via Flickr.