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Le Honduras s’enlise dans la crise politique
ParAgathe Marin le 1 octobre 2009
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Depuis le retour du président déchu Manuel Zelaya le 21 septembre dernier, la tension monte dans les rues de Tegucigalpa.

Si les premiers jours, l’annonce du retour de Manuel Zelaya, le 21 septembre dernier au Honduras, après déjà trois tentatives infructueuses, a suscité un véritable espoir, plus le temps passe et plus se réduisent les perspectives de sortie de crise. Et la récente décision prise par le gouvernement de facto de réduire les libertés et de censurer une partie de la presse en déclarant un état de siège de 45 jours n’est pas pour rassurer.

Zelaya a été renversé le 28 juin  alors qu’il allait organiser une consultation populaire sur sa réélection, jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême. Depuis cette date, le gouvernement de facto de Roberto Micheletti, bien que non reconnu, a tenté de prouver sa légitimité en annonçant des élections en novembre et en déclarant “qu’au Honduras il ne se passait rien”.

Tegucigalpa, Honduras ©Yamil GonzalesLe lundi 21 septembre, nombreux étaient donc ceux qui pensaient que le gouvernement de facto de Roberto Micheletti était acculé à la négociation. Le Front de Résistance, fédérant de nombreuses organisations sociales opposées au coup d’Etat, a d’ailleurs célébré la venue de Zelaya en déclarant qu’ « avec Zelaya sur le territoire, le coup d’Etat ne peut pas durer deux jours. » Et pourtant, il dure.

Après avoir d’abord nié le retour de Zelaya, les putschistes ont déclaré un couvre-feu et bloqué les aéroports du pays, empêchant l’arrivée annoncée du secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza et condamnant donc d’avance toute négociation autour du plan Arias . José Miguel Insulza comme Hillary Clinton ont alors demandé au gouvernement de facto d’assurer la sécurité de Zelaya, réfugié à l’ambassade du Brésil. Cela n’empêchera pas les putschistes de couper l’eau et le courant de la représentation diplomatique après avoir diffusé en boucle et à plein volume l’hymne national du Honduras. Quelques jours plus tard, ils iront même jusqu’à lancer des gaz toxiques dans l’ambassade provoquant de graves malaises parmi la centaine de personnes confinée dans l’immeuble.

Censure et répression. Ainsi le soir même du retour du président constitutionnellement élu, les militaires ont encerclé l’ambassade du Brésil, réprimant les milliers de partisans venus manifester leur soutien. Le gouvernement a reconnu officiellement deux morts mais le Comité pour la Défense des Droits de l’Homme au Honduras (CODEH)), fait état déjà d’une centaine de morts, sans compter les blessés.

« La situation au Honduras est tout simplement alarmante, a ainsi déclaré Susan Lee, directrice du programme Amériques d’Amnesty International, Les agressions de défenseurs des droits humains, la suspension des médias, les violences infligées aux manifestants par les policiers et les informations toujours plus nombreuses faisant état d’arrestations massives indiquent que les droits humains et l’état de droit sont gravement menacés. Les rares témoignages qui échappent à la censure, rappellent d’ailleurs des situations que l’on croyait oubliées. Le syndicat des cinéastes honduriens tente ainsi de témoigner de la répression qui s’abat sur les quartiers populaires une fois le couvre feu tombé. De son côté, la Radio Liberada, qui continue d’émettre clandestinement, dénonce les arrestations arbitraires, les disparitions temporaires et la détention d’opposants au coup d’Etat dans des stades dont le stade Chochi Sosa, faisant sombrement écho à ce qui se passa dans le stade de Santiago du Chili lors du coup d’Etat contre Allende.

Casques bleus. Dénonçant cette répression et les menaces contre la sécurité de Zelaya et de l’ambassade du Brésil, Lula, Hugo Chávez et Cristina Kirchner ont tenté d’alerter la communauté internationale lors de l’assemblée générale de l’ONU, réclamant notamment une prise de position claire des Etats-Unis contre le gouvernement de Micheletti. Toutefois, Obama a seulement souligné la nécessité d’une solution multilatérale. Le retour de Zelaya au Honduras, orchestré en partie par la diplomatie brésilienne, n’a sans doute pas pu être mené à terme sans l’accord des Etats-Unis. Mais le rôle de la diplomatie américaine reste très ambigu. Le jour du retour de Zelaya, Roberto Micheletti est sorti de son mutisme en réagissant publiquement en anglais. Puis, lors d’une interruption du couvre-feu, une importante manifestation de soutien au gouvernement de facto a été organisée face à l’ambassade des Etats-Unis.

Mais ces derniers jours, en menaçant l’ambassade brésilienne par des coupures d’eau, de courant et de gaz et en l’attaquant avec des gaz toxiques, et après avoir refusé la médiation de l’OEA, les putschistes ont provoqué une vive réaction de l’ONU. L’organisation internationale a d’abord exclu la tenue d’élections démocratiques en novembre, arguant que le climat de violence et de répression interdisait le bon déroulement d’un tel scrutin. Le Conseil de sécurité s’est ensuite emparé du « cas » Honduras.

Fidel Castro n’a pas attendu la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pour dénoncer la menace d’une « intervention yankie sous le drapeau des Nations Unies ». Selon l’ancien chef d’Etat cubain, « une intervention armée au Honduras créerait un chaos politique en Amérique Latine ». Selon l’analyste argentin, Santiago O’Donnell, qui s’exprimait dans Pagina12, « Il n’y a plus de bonne solution possible. S’ils arrivent à organiser les élections, les putschistes auront triomphé. Si un accord est négocié qui n’inclut pas le retour de Zelaya avec les pleins pouvoirs, là aussi ils auront gagné. Et si Zelaya revient par la force, l’option militaire sera de nouveau viable dans la région la plus pacifique du monde.»

Agathe MARIN


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