Le Brésil a une fois de plus tranché au détriment de son environnement. Projet le plus vaste d’une série de quatre barrages, la construction de la centrale Jirau, aujourd’hui bien entamée, met en péril l’écosystème de la région et les dernières populations indigènes isolées qui y vivent.
Si l’électricité produite par un barrage à l’immense avantage de ne pas rejeter de Co2 ni de déchet, ces puissantes turbines mettent inévitablement en péril l’équilibre biologique de toutes les régions traversées par le fleuve qui les nourrit.
Le Monde du 7 avril dernier publie un poignant réquisitoire de l’écrivain J-M G. Le Clézio et Jean-Patrick Razon[1], détaillant les retombées écologiques et sociales sur le bassin de la Madeira. L’exceptionnelle diversité biologique de l’Amazonie se trouve encore fragilisée, et les tribus indigènes isolées ont déjà du fuir vers des régions hostiles (conflits avec les orpailleurs, épidémies de maladies « occidentales »).
Le groupe GDF-Suez qui dirige le consortium franco-brésilien chargé du projet essuie de vives critiques. En marge du forum de Davos, Greenpeace a d’ailleurs remis un « trophée » à l’entreprise pour sa mauvaise conduite écologique et sociale lors de la onzième cérémonie des Public Eye Awards. Cependant il convient de préciser que GDF-Suez n’est pas l’unique promoteur du projet, la responsabilité étant partagée entre de nombreuses sociétés, le gouvernement brésilien et … le gouvernement français.
Dans son numéro spécial Brésil du 4 avril, le magazine l’Expansion développe largement les enjeux économiques français dans le pays. Pour l’instant sixième investisseur étranger, la France défend régulièrement ses positions à travers la place de choix faite au Brésil dans la diplomatie du président Sarkozy. Le consortium du barrage Jirau est dirigé par le groupe Suez, Alstom en fournit les turbines et assurera bientôt l’acheminement de l’électricité vers les villes grâce au rachat d’une division d’Areva.
L’Etat français, par ailleurs actionnaire à 36% du capital de GDF-Suez, ne peut ignorer les conséquences écologiques du projet Jirau mais la construction déjà bien entamée du barrage démontre son peu de préoccupation pour la question. Les grandes villes brésiliennes souffrant de pannes d’électricité récurrentes, le gouvernement Lula a pour sa part fait des barrages du rio Madeira une priorité absolue.
>Tribune dans Le Monde consultable ici.
Xavier Caillard.