Le célèbre magistrat, connu pour avoir poursuivi Augusto Pinochet dans l’affaire des caravanes de la mort, est candidat aux élections sénatoriales de décembre 2009.
C’est sous la bannière “Une nouvelle majorité pour le Chili” que se présente Juan Guzmán aux élections sénatoriales dans la circonscription de Valparaiso. Et pour ses premiers pas en politique, l’ancien magistrat a choisi la coalition la plus trublionne de cette série d’élections à venir, celle qui regroupe écologistes, humanistes et indépendants. C’est surtout celle qui soutient la candidature à la présidentielle de l’ancien député socialiste Marco Enriquez Ominami, qui s’est opposé au candidat officiel de la Concertación, Eduardo Frei, avant d’entamer sa campagne en solitaire.
L’ancien magistrat Guzman, qui semble avoir de bonnes chances d’être élu sénateur le 13 décembre prochain, jouit d’une solide notoriété au Chili et représente sans aucun doute un atout médiatique de taille pour Marco Enriquez Ominami, crédité, selon les derniers sondages, de 20% d’intentions de vote.
A la retraite depuis 2005, le « petit juge», comme il s’autoqualifie, reste très présent dans la vie politique chilienne, en prenant notamment la défense des communautés mapuches et en dénonçant activement la répression et les violations des droits de l’homme commises par l’Etat chilien à l’encontre de ce peuple originaire du sud du Chili.
Pour une nouvelle Constitution. Avec cette candidature, l’ancien magistrat cherche à élargir son combat en faveur du respect des droits de l’homme. Il appelle ainsi à la création d’une assemblée constituante pour remplacer la Constitution de 1980, adoptée sous la dictature d’ Augusto Pinochet, et qu’il qualifie de « véritable camisole de force contre la démocratie “. Il milite aussi pour la fin du système électoral binominal, « premier pas nécessaire pour lutter contre l’exclusion ». De même, il critique durement les politiques menées ces vingt dernières années par la Concertación, « une droite déguisée » selon ses propres propos. En compagnie de Cosme Caracciolo, candidat aux législatives du district de San Antonio et ancien président du syndicat des pêcheurs artisanaux, et de Francisco Marin, candidat aux législatives dans le district de Valparaiso, Juan Guzmán fait campagne pour dénoncer la privatisation de la mer provoquée par la crise de l’industrie du saumon, et défendre la nationalisation ou la renationalisation des ressources minières et naturelles du Chili.
Héros de la gauche alternative? « Ces dernières années, les forces politiques ont privilégié les entreprises multinationales, les grandes entreprises forestières, le business hydroélectrique, mais personne ne s’est engagé envers nos pêcheurs artisanaux, les mapuches et les groupes minoritaires de différentes parties du pays qui aujourd’hui n’ont pas de voix. » s’exclame ainsi l’ancien juge connu auparavant pour son conservatisme. En effet, dans ses mémoires intitulées Au bord du monde, Juan Guzmán reconnaît sans détour avoir célébré le coup d’Etat contre Salvador Allende en 1973. Ce n’est que lorsqu’il fut en charge de l’enquête judiciaire contre Pinochet en 1998, qu’il prit conscience de la répression exercée par le régime dictatorial et qu’il devint critique envers les politiques de droits de l’homme adoptées depuis la transition démocratique.
Aujourd’hui, à l’âge de 70 ans, Juan Guzmán est en passe de devenir une figure emblématique de la gauche alternative chilienne. D’ailleurs, l’ex-leader lycéenne du mouvement des « pingouins » qui secoua le Chili en 2006, María Jesús Sanhueza, accompagnée d’une trentaine d’étudiants et de lycéens, est venue soutenir la candidature de Juan Guzmán et de Cosme Caracciolo à San Antonio en déclarant au journal El Ciudadano : « maintenant, nous avons un candidat pour qui voter. »
Agathe MARIN
Photo Flickr Steve Rhodes