economie
Déboires au Venezuela et bataille de chiffres en Argentine
ParAmericagora le 25 janvier 2010
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La récente publication des chiffres de l’économie latino-américaine pour l’année 2009 ne doit pas masquer des situations parfois très contrastées entre les Etats. Tour d’horizon de trois pays atypiques.

En matière d’économie, les disparités entre les pays latino-américains sont criantes. Des disparités que ne reflètent pas les indicateurs classiques, dont les derniers chiffres pour l’année 2009 ont été publiés récemment. Certes, l’ont s’est félicité que la croissance du PIB, estimée à 1,8% en 2009 pour l’ensemble de la zone, soit positive. Ou encore que le taux de chômage – estimé à 8,3% en 2009 pour l’ensemble de la zone[1], soit presque un point de plus par rapport à 2008, n’ait pas dépassé la barre symbolique des 10%. Mais certains pays tels le Venezuela, l’Argentine ou le Chili, révèlent des tensions et des phénomènes particuliers.

Bolivar billete

Inflation incontrôlée et nationalisation des supermarchés. Au Venezuela, le problème de l’inflation prend chaque jour plus d’ampleur. Elle s’établit officiellement à 25% pour l’année 2009, ce qui représente le plus fort taux de la région. Dans ce contexte de hausse des prix, le président Chavez a déclaré, le 8 janvier, vouloir dévaluer le Bolivar de 50%. Cette décision a évidemment provoqué, au sein de la population, des mouvements de consommation massive, les vénézuéliens anticipant une baisse de la valeur de leur épargne. Déjà dévaluée en 2004 et en 2005, la valeur de la monnaie demeure un des piliers de la politique économique d’Hugo Chavez pour favoriser les exportations de pétrole. Cette décision a été récemment mise en cause par l’ancien dirigeant de la banque centrale vénézuélienne dans une interview accordée au quotidien  El Nacional. Domingo Maza Zavala dénonce la vision de court terme qui a guidé cette décision « au détriment de la population ». La perspective des élections législatives de septembre prochain aurait influencé cette dévaluation pour renflouer les caisses de l’Etat et relancer les politiques publiques cruellement déficitaires. L’ancien directeur insiste sur le fait que cela pourrait être totalement contre productif, estimant possible une inflation de 45% pour 2010 qui annulerait tout le bénéfice de politiques publiques renouvelées.

Afin de contrer cette prédiction le président a menacé de fermeture forcée tous les magasins qui pratiqueraient une hausse « spéculative » des prix. Libération dans son édition du 18 janvier a ainsi révélé que des supermarchés Éxito (dont le groupe français Casino est l’actionnaire majoritaire) ont été investis par la garde nationale dans le but d’être nationalisés, de même que de nombreux autres commerces de Caracas. Toujours pour contrer une inflation incontrôlée, la dévaluation a été divisée en deux : un dollar s’échange contre 2,60 bolivars pour l’importation de produits de première nécessité (santé, alimentation) et contre 4,30 bolivars pour les autres produits.

En Argentine, la publication des chiffres de l’inflation pour l’année 2009 a provoqué une véritable bataille de chiffres. Le 15 janvier, l’Indec, l’institut national des statistiques argentin, publie le chiffre de 7,7% d’inflation pour 2009. Un chiffre rapidement mis en cause par bon nombre d’institutions privées en raison du changement, depuis 2007, des méthodes de calcul employées par l’Institut. L’agence Buenos Aires City, dirigée par l’ancienne présidente de l’Indec Graciela Bevacqua, a ainsi calculé un taux d’inflation à 15%, tandis que la fondation de recherches économiques latino-américaines avance, de son côté, un chiffre supérieur à 17%. Cette polémique autour des statistiques officielles rappelle celle qui touche le DANE colombien, qui ne publie plus les chiffres de la pauvreté depuis 2005.

Le Chili entre dans le club des pays riches. Autre son de cloche de l’autre côté des Andes. Admis le 11 janvier dernier au sein de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économique), le Chili est le second pays latino américain à rejoindre l’organisation internationale après le Mexique en 1994. La presse chilienne se félicite dans l’ensemble de cette adhésion achevant une période de croissance économique de presque vingt ans.

Le nouveau président élu ce dimanche 17 janvier, Sebastián Piñera (droite modérée), a affirmé pendant la campagne qu’il ne changerait pas la nature de la politique économique menée jusqu’ici par Michelle Bachelet.  La biologiste spécialiste de l’environnement Flavia Liberona nuance ces succès économiques, car si son pays a su passer les étapes de l’adhésion à l’OCDE, d’autres obligations non écrites ont été moins scrupuleusement respectées. El mostrador du 12 janvier publie ses interrogations, notamment sur le coût environnemental de la croissance chilienne, centrée sur l’exploitation de métaux et matières premières comme le cuivre. Une dégradation des conditions de vie qui a également un impact social. « Les chiffres montrent que la brèche entre les plus riches et les plus pauvres a augmenté durant les gouvernements de la Concertación, phénomène qui trouve son corollaire en matière d’environnement (…). Ce sont précisément les secteurs les plus pauvres qui se sont vus affectés par les catastrophes et les changements climatiques. L’inégalité dans l’accès à l’eau, les inondations,  entre autres problèmes, augmenteront au fur et à mesure qu’augmentera la température de la Terre. »

Xavier Caillard

Crédit photo: © Fernando Pinto


[1] d’après la Commission Economique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, un organisme dépendant de l’ONU

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