Chili: un barrage électrique fait polémique
ParAgathe Marin le 13 septembre 2009
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Le Chili est l’un des seuls pays au monde où l’eau est privatisée. Une bataille s’engage autour d’un projet hydroélectrique géant au sud du pays.

Village de Caleta Tortel, en partie menacé par la construction du barrage

Village de Caleta Tortel, en partie menacé par la construction du barrage

Depuis qu’un sondage Ipsos a révélé que 57% des Chiliens s’opposaient au projet d’Hidroaysén (selon le journal El Ciudadano), le débat a fait irruption dans la campagne électorale en vue des présidentielles de décembre 2009. Les deux candidats les plus en vue, Eduardo Frei de la Concertación et Sebastián Piñera de Renovación Nacional, qui appuyaient le projet en début de campagne, ont revu leurs copies. « Nous allons étudier tous les projets, sans en écarter aucun à priori, mais notre priorité ce sont les énergies renouvelables, non conventionnelles et propres » a ainsi modéré Sebastián Piñera.

Ce projet, à l’étude depuis les années 1980 prévoit la construction de cinq barrages sur les rivières Baker et Pascua dans la région d’Aysén, en Patagonie, à l’extrême sud du Chili. Ce complexe hydroélectrique, d’une puissance de 2750 MW devrait être capable de produire annuellement l’équivalent de 35% de la consommation actuelle en énergie du Chili.

Cependant, de nombreuses associations réunies dans le Conseil de Défense de Patagonie, s’opposent fermement à la construction de ce projet qui menacerait l’équilibre écologique et social de cette région australe emblématique. Près de 6.000 hectares devraient être inondés, sans compter l’installation de quelques 6.000 tours électriques le long des 2.300 kilomètres reliant cette région isolée et montagneuse au centre et au nord du Chili. Cette énergie est en effet destinée en majorité à la région métropolitaine de Santiago et aux régions d’industries minières.

Rivières privatisées. Les entreprises Endesa et Colbún, qui ont lancé le projet en fondant la société anonyme Hidroaysén en 2006, tentent de démontrer la nécessité du projet en invoquant une possible crise énergétique à venir. Et alors qu’elles présentent Hidroaysén comme un projet “vert”, les opposants dénoncent les dégâts catastrophiques que causerait la construction de tels barrages sur la faune et la flore unique au Chili.

L’impact sur le tourisme est une autre source d’inquiétude : selon une étude de l’université du Chili auprès des touristes de la saison 2008, le tourisme pourrait reculer de 70% si ces centrales se construisaient. Or, la région, qui a misé sur la préservation de l’environnement, vit aujourd’hui en grande partie de la manne financière des touristes étrangers.

Hidroaysén rétorque que de nombreuses constructions seront souterraines afin de ne pas endommager le paysage et donc de ne pas restreindre le tourisme. Et assure que les centrales créeront quelques 5.000 emplois sur 11 ans, «  dont une partie sera recrutée dans la région »

Avec l’affaire Hidroaysén, la question du monopole énergétique est relancée : l’entreprise espagnole Endesa et la chilienne Colbún qui détiennent déjà 74% de la production d’électricité au Chili, pourraient contrôler presque 90% du marché de l’énergie une fois les mégacentrales construites. Mais c’est surtout la privatisation de l’eau qui fait débat. L’article 24 de la constitution chilienne adoptée sous l’ère du dictateur Augusto Pinochet prévoit que tout propriétaire d’un cours d’eau en dispose librement, contrairement à de nombreux pays où l’eau est propriété de l’Etat.

Campagne de nationalisation. Or, la majorité des rivières en Patagonie appartiennent à des entreprises étrangères, comme l’espagnole Endesa, la suisse Xstrata ou l’américaine Aes Gener, Ces droits de propriétés ont été accordés quasi gratuitement à la toute fin du gouvernement de Pinochet.

Personne ne peut donc juridiquement s’opposer à la construction de barrages hydro-électriques, dont Hidroaysén n’est qu’un projet parmi d’autres.

Diverses associations écologistes soutenues par des sénateurs du Parti Radical Social Démocrate, du Parti Pour la Démocratie ou encore du Parti Socialiste ont d’ailleurs lancé une campagne de nationalisation de l’eau. « Recuperar el agua para Chile » défend, entre autres, un projet de réforme constitutionnelle visant à faire reconnaître l’eau comme un bien d’usage public.

« L’eau est une ressource stratégique et rare, comme le pétrole, et il n’est pas possible qu’une seule entreprise, comme Endesa, soit- propriétaire de 90% des droits de la seconde réserve d’eau de la planète, qui se trouve en Patagonie. (…) Il n’y pas d’autre pays au monde qui ait un modèle si libéral dans le marché de l’eau », a précisé le sénateur Guido Girardi du Parti Pour la Démocratie.

Le combat contre la construction des mégabarrages de Hidroaysén est donc devenu le symbole d’une lutte beaucoup plus globale, celle du droit à l’eau, comme l’a déclaré Danielle Mitterrand venue soutenir les opposants à Hidroaysén en avril 2009. Le Conseil de Défense de Patagonie – qui rassemble plus de 50 associations opposantes au projet, entend d’ailleurs médiatiser son combat : Daniel Cohn-Bendit et d’autres eurodéputés sont ainsi attendus en septembre. En attendant, Hidroaysén a décidé de retarder la publication de son étude d’impact environnemental. La bataille s’annonce encore longue.

Agathe MARIN

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juan dit :
le 15 septembre 2009

Realmente una pena que el agua sea un recurso privado y no un bien de dominio publico en Chile, encima los propietarios y beneficiarios de esto sean empresas extranjeras!!

favrarult dit :
le 18 novembre 2009

on parle de protéger la planéte, et on s'apercoit que des centaines d'espéces animales vont devoir muter. Que des populations vont devoir etre expatrier, pour que les gens du pouvoir puisse avoir aussi le monopole d'une des plus grandre réserve de la matura