Au début du mois de décembre 1998, un ex-colonel putschiste devenait président du Venezuela. Hugo Chavez accédait à la plus haute instance du pays par les urnes et ouvrait ainsi l’ère du chavisme, après avoir tenté de le faire par les armes. Des redistributions sociales multiples, des nationalisations et une diplomatie extérieure active aux accents anti impérialistes ont rendu le Venezuela internationalement célèbre, tout ceci financé grâce à un pétrole à haut prix voilà à quoi ressemble à grands traits la politique chaviste.
Aujourd’hui le chavisme fête ses 10 ans de succès électoraux dans un contexte d’effondrement du prix du baril de pétrole. Electoralement parlant, les {rojos rojitos} (les “rouges tout rouges”, militants pro-Chavez, NDLR) ont perdu un référendum qui proposait la possibilité de réélection indéfinie, mais ont stabilisé leur poids politique aux dernières élections.

Publicité chaviste commémorant le coup d’Etat avorté d’avril 2002
Sa politique fut confirmée plusieurs fois dans les urnes: en 1999 (ratification référendaire d’une nouvelle Constitution), en 2000 (élection à la présidence), en 2004 (les Vénézuéliens le confirment à son poste de président en disant Non au référendum révocatoire, et en 2006 lorsqu’il se fait réélire avec 61% des voix, malgré un coup d’Etat et des les campagnes de presse internationale contre lui.
Chavez le dictateur, Chavez le populiste, Chavez l’antisémite, Chavez le gorille. Sa grande gueule gêne, son style militariste néo socialiste écœure, sa culture de l’affrontement déçoit. Certes le leader bolivarien veut retenter sa chance pour modifier la Constitution qu’il a lui-même mise en place et que le peuple n’a pas voulu modifier au dernier référendum, malgré les proposition du gouvernement.
Mais pourquoi la presse continue-t-elle de l’incriminer en lui reprochant de vouloir se faire “réélire indéfiniment”? Faut-il rappeler inlassablement que la réélection existe en France, en Colombie ou en Espagne, alors qu’elle est limitée ou interdite aux Etats-Unis et au Mexique ? Pour autant est-ce un critère décisif sur le baromètre démocratique ?
Lorsqu’Alvaro Uribe le président colombien a fait passer une réforme constitutionnelle pour pouvoir se faire réélire, personne ne s’est ému qu’il ait opéré un coup politique entaché de scandale de corruption. Les vrais démocrates sauront observer un peu plus loin en observant si, réélection ou pas, le peuple a encore un pouvoir de décision effectif et si le pluralisme des partis est respecté. Il semble que ce soit encore le cas au Venezuela.